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Origine du A(H1N1) : la piste d’une erreur de laboratoire est envisagée

 Dans le sérieux Virology Journal, trois scientifiques australiens livrent leurs enquête sur les causes de l’apparition du virus H1N1, rendu célèbre par la déclaration de pandémie et depuis peu, rebaptisé H1N1pdm, ce qui n’est pas très futé car comment désignera-t-on le prochain virus pandémique s’il possède aussi les deux déterminants H1 et N1. En l’état actuel des données virologiques, une seule hypothèse est officielle avancée pour expliquer l’apparition de ce virus vers février 2009 au Mexique. Mais Gibbs et ses collaborateurs ont tenté d’examiner une autre hypothèse, celle d’une erreur de manipulation dans un laboratoire. Avant d’en discuter, ils présentent l’explication standard dont voici l’argumentation (Gibbs et al. Virology Journal, 6, 207, paru le 21 novembre 2009)

Le virus grippal est composé de quatre segments génétiques codant pour les huit protéines virales, et donc, huit gènes sont responsables de la structure complète de ce virus. Les virologues disposent de vieux prélèvements conservés dans les laboratoires et surtout, des banques génomiques consignant les séquences complètes (obtenues par PCR) des virus détectés de part le monde, sur l’homme, mais aussi sur d’autres espèces très accueillantes pour la grippe, notamment les oiseaux et les porcs. Justement, ces deux espèces ont la possibilité de voyager et transmettre les virus à des milliers de kilomètres du lieu où ils se sont développés. C’est le cas des oiseaux migrateurs. Par contre, s’il n’y a pas de porcs migrateurs, le commerce mondial permet à quelques spécimens de cette espèce, prisée pour ses charcutailles, d’être transportés à travers les continents. 

Les analyses génétiques ont montré que six des gènes du A(H1N1) de Mexico sont proches de ceux d’un virus porcin H1N2 présent en Amérique vers 1999-2000 et lui-même issu d’un triple réassortiment. Quant aux deux gènes restants, celui de la neuraminidase a une séquence proche d’un virus porcin « avian like » H1N1 ayant circulé en Europe en 1993, et celui de la protéine MP serait proche de celui contenu dans un virus H3N2, lui aussi porcin, ayant circulé en Asie autour de l’an 2000. Nous voici maintenant au cœur de l’argumentation de ces éminents virologues. Les virus ancestraux ont circulé, se sont transmis, durant 16 ans pour le virus européens et une dizaine d’années pour les autres. Puis, au gré d’un transport de porc, le contact aurait pu être établi entre les deux origines, euro-asiatique et américaine, puis un patient zéro aurait été infecté au Mexique et on connaît la suite. Cette hypothèse est séduisante et nonobstant les problèmes occasionnés par ce virus, cette version semble relever du conte de fée et finalement, elle arrange beaucoup de monde. 

Or, une autre hypothèse est avancée par Gibbs. Son constat tient à un argumentaire simple. Les données dont les virologues se sont servis concernent des comparaisons avec des souches dont les plus récentes datent de 10 ans alors que le virus H1N1 est le résultat d’un réassortiment très récent, ayant eu lieu fin 2008 début 2009. Attention, cela ne veut pas dire que l’hypothèse naturelle, alliant migration d’oiseaux et activité humaine, n’est pas valable. Ce n’est pas le raisonnement mais la qualité de la preuve qui pèche par ce qu’elle occulte. Dix ans de « jeu viral » pour conduire de l’Asie à Mexico. Et donc, Gibbs suggère une autre hypothèse, ce qui est tout à fait légitime. Il se pourrait que le réassortiment se soit produit dans un laboratoire à la faveur d’une série de négligences, soit dans un centre de virologie qui cultive les virus pour une étude savante, soit dans un laboratoire pharmaceutique qui manipule les souches pour effectuer des recherches en vue de produire des vaccins. 

La science permettra de trancher ? Gibbs reste prudent mais il propose la feuille de route. Il faut faire comme dans une enquête de police et chercher les indices. Si ces souches virales de 1993 et 2000 se sont mélangées en 2009, c’est que des souches filles de ces ancêtres se sont trouvées réunies. Et donc, il faut partir à la recherche de ces souches récentes mais comme le laisse entendre Gibbs, cela suppose la coopération des laboratoires car si son hypothèse est exacte, c’est dans ces labos, plus que dans la nature, que l’on risque de trouver les indices adéquats. En guise de conclusion, l’auteur évoque la nécessité d’enquêter sur cette affaire, ne serait-ce que pour éviter un nouvel accident si cela s’est vraiment produit, avec un soin particulier à mettre en place dans la manipulation des souches. C’est à ce prix que la confiance avec le public sera restaurée car on ne le dira jamais assez, les gens doutent de plus des activités liées à la science et ses manipulations. 

source : agorafox.fr

parBernard Dugué(son site)lundi 30 novembre 2009

 

 







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